Voilà, cela fait une autre semaine passée en un éclair et la semaine prochaine sera la dernière à l'école. J'ai prévenu quelques élèves choupis. Ils avaient l'air tristes et ils m'ont demandé si on ferait quelque chose de spécial mais je ne sais pas encore, tout dépendra de leur avancée dans leurs examens mais je pensais offrir des carambars à mes Y11 et leur apprendre quelques gros mots en cadeau d'adieu. En fait, je suis à la fois contente et déprimée de quitter l'école pour plusieurs raisons:
- l'école part en morceaux. Mais quand je dis en morceaux, c'est que les conditions de travail sont vraiment limites. Comme vous le savez, l'école est en reconstruction, MAIS personne n'a jugé bon de déménager les salles qui se trouvent juste à côté des travaux, si bien que parfois on peut voir des trous dans les murs! On a même vu une pelleteuse arracher la grille de ventilation qui séparait notre classe avec l'ancienne cantine ce qui a fait un sacré trou d'aération! Et puis finalement quand nous avons eu l'autorisation de déménager la salle de mon mentor (pour du listening, c'était pas du luxe), on s'est aperçu que s'il avait fait tellement froid cet hiver c'était à cause d'inondations. Donc bonjour le déménagement de piles de ressources trempées.

Nous avons donc tout bougé pour une salle informatique ultra lumineuse naturellement ce qui fait que l'on ne voit rien au tableau interactif. Enfin c'est une salle qui possède des posters de prévention qui m'ont fait esquisser un sourire tellement j'ai trouvé ça kitsch et qui se trouve au bout du "couloir des cas soc'". Alors si jamais vous ne le saviez pas, dans les écoles britanniques, lorsque vous êtes un gros cas social (aka un violent, un drogué, un br*nleur voire quelqu'un qui n'a pas eu beaucoup de chance dans sa vie), vous pouvez être exempté de cours et aller dans une salle spéciale pour parler de vos problèmes. Mais en fait, ce qui se passe c'est qu'on vous laisse dans une salle informatique et puis basta. Cela ne sert STRICTEMENT à rien, il n'y a pas de suivi et les cas soc' ADORENT y aller et ne font donc plus aucun effort en cours. Combien de fois, des élèves de mon mentor se sont fait virer de cours exprès pour aller dans cette salle! Quand on vous dit que le système anglais c'est de la merdasse!
Bref, on se retrouve donc dans une salle qui servait avant aux cas soc' qui traînent encore dans le coin et il est donc impossible de laisser ses affaires dans cette salle car... la porte ne ferme pas (puisqu'il s'agissait d'une salle libre à tous).
- une direction lamentable. Je vous en avais parlé: après les grèves, la directrice a lâché son courroux sur les profs en refusant les augmentations et en allant même les considérer comme incompétents sans aucune évaluation... ce qui fait que les bons profs se cassent! Ma super collègue qui avait été jugée incapable dans un dossier de 10 pages a trouvé un super job de prof français/espagnol dans une meilleure école au nord de Londres. J'étais super heureuse pour elle car cette année a été extrêmement difficile mais un peu triste de voir que cette école perd un très bon élément. Et puis en parlant de direction, ça fait 3 semaines que la directrice a disparu... la raison officielle est qu'elle est très malade mais apparemment ce serait des conneries. Donc voilà, l'école fonctionne sans chef d'établissement. J'ai entendu dire que la sous-directrice n'était pas franchement des plus sympathiques, un de mes élèves m'a raconté qu'elle lui avait fait des réflexions pas très intelligentes sur son physique à lui
(elle lui aurait dit qu'avec son physique il faisait peur et qu'elle avait envie de s'accrocher à son sac à main quand elle le voyait...). Mon pauvre petit chou, j'avais envie de lui faire un gros câlin mais je me suis retenue. La prochaine fois, je lui montrerai cette photo:

- des gamins cons. Heureusement je n'en ai presque pas eu mais c'est vrai que ça m'a fait me poser beaucoup de questions. Comment gérer les cas soc'? Comment me faire respecter avec mon accent? Et bien, maintenant, je fais peur. Je suis beaucoup moins cool qu'au début de l'année et je ne me détends qu'avec quelques élèves qui ont envie de travailler. Une de mes élèves est venue en tuition pour bosser son oral de français mercredi. Quand j'ai vu qu'elle n'avait pas appris un des petits paragraphes, je lui ai demandé de l'apprendre toute seule dans un coin pendant 5 minutes et que je viendrai vérifier (et j'en ai profité pour faire des photocopies). 2minutes plus tard, la miss me dit:
"Miiiiiss, do you have a cal'u'aaa?
"erm? Sorry what?"
"Oh you dunna have a cal'u'aaa?!"
"No, it's not that I don't have, I just don't get what you're saying.
"A cal'u'aaa!!!"
Je lui ai donc demandé de l'écrire et il s'agissait de calculator - une calculatrice! Là j'ai éclaté de rire et je me suis un peu moquée d'elle en lui disant que les consonnes n'étaient pas en option dans les mots. Puis ensuite j'ai tilté et... ELLE FAISAIT SES MATHS DANS MON COURS DE FRANCAIS!!!! Alors là, ce n'était vraiment pas la chose à me dire et elle l'a bien senti passer. Je me suis transformée en l'incroyable Hulk et j'ai crié qu'il fallait qu'elle arrête de me prendre pour une poire et que si elle s'emmerdait elle pouvait se casser tout de suite. Elle n'a rien moufté et elle a enfin bossé. Elle est passée d'un D à un B grâce à moi et surtout grâce à un bon coup de pied dans le cul. Nanméoh! :D Pédagogie, quand tu nous tiens.
Mais! Mais! Il y a eu beaucoup de positif aussi alors rapidement:
- j'ai découvert un job difficile mais passionnant ce qui m'a donné encore plus envie de le pratiquer
- j'ai eu la chance de faire beaucoup de choses variées: enseigner, faire du soutien, créer des ressources, animer, m'occuper d'enfants avec différents types de handicap, encadrer un voyage scolaire, traduire, faire du secrétariat, corriger, m'occuper d'examens... bref le boulot d'un vrai prof!
- travailler dans l'est de Londres m'a ouverte sur d'autres cultures. J'avais très peur d'avoir des aprioris sur certains pays et finalement quand j'enseignais je ne faisais AUCUNE différence.
- des gamins qui donnent la niaque, des élèves qui se confient, avec qui j'ai beaucoup ri et parlé
- un job très cool, 12h/semaine (même si j'ai fait beaucoup plus) avec peu de responsabilités et une bonne paye non négligeable
- et surtout des collègues en or, qui étaient là pour m'écouter, pour parler, qui me comprenaient. Et ça, ça va vraiment me manquer.
Don là j'étais un peu triste quand j'ai acheté mes cartes de remerciement que je distribuerai aux profs vendredi. Donc dans moins d'une semaine, mon expérience de FLA va s'achever mais je reste sur Londres jusqu'à mi-juillet en essayant de me trouver un job sur place. Mon mentor m'a parlé de voisin à sa soeur qui aurait peut-être besoin d'une nanny à Richmond! Donc affaire à suivre!